12 avril 2006
MODULATION
Mon Ko, mon Lo. Et je le bombardais de questions dans ma litanie du pourquoi. Et je l’agressais sans me rendre compte. Je ne lui ai pas laissé le temps. Mon débit était allegretto rubato stretto, pas facile de dialoguer, sans être largo, sans se sentir largué. Lui, il pose les choses, et ce n’est pas le rythme qui fera sa force, non. En un minimum de mots, toute son intuition sera concentrée. Il pose les mots comme on relâche les touches d’un piano, juste trois notes et c’est brillant. Il joue sur l’effet des mots quand je me focalise sur la structure des phrases, et le rythme. Je prétends composer, il sait interpréter.
04 avril 2006
WEEK END
Les deux petits loups sont revenus de Rome dimanche soir. De la ville eterenelle, ils ont ramenés des mines radieuses, des spécialités du pays, un peu moins de cinq cent clichés, et pour chacun, un petit ventre bien rond. Ma brosse à dent est à nouveau plus seule dans le verre. Pour ma part, je me remets de mes semaines de folie. Je ne souhaite qu'une chose, partir avec eux en vacances, début mai.
27 mars 2006
PARFOIS...
Parfois, il m'arrive de me demander combien de mues ai-je donc laissé derrière moi. Et sans pouvoir réussir cet exercice comptable, une seule sensation demeure : plus je me déleste et plus je m'alourdis.
« …Parfois, c’est dur de t’aimer… », m’a dit mon Koala, un soir. Entre les amis de Lo et de Ti qui profitent de mon absence pour semer le doute et plaquer un peu sournoisement leurs frustrations sur nous. Parce que nous sommes (t)rois, et que cela fascine, dérange. Entre eux, qui me voient comme l’éléphant dans un magasin de porcelaine.
Et cela va du « je ne suis pas d’accord » à « je suis un des rares à vous défendre ».
Je me moque bien de votre approbation. J’ai su simplement saisir mon bonheur à un moment de rare lucidité sans trop me soucier de sa forme, et de savoir si son format trouverait une quelconque validation dans cette société. Et tant pis s’il vous est plus facile de céder à la lecture d’un Voici, plutôt que de vous délecter de quelques pages de Thoreau.
Je vous plains.
Entre ça, donc, et le fait que je n’ai plus d’envie sexuelle en ce moment.
J’ai été jusqu’à me planquer dans quelques coins sombres pour vérifier s’il était question de mon désir pour Lo qui s’était essoufflé. Et bien non. Et je regardais le spectacle devant moi. Celui de la solitude et de la promiscuité. Ça commence toujours par deux mecs qui cèdent à l’envie. Et puis les autres se rapprochent de leurs étincelles, comme autant de papillons de nuit. J’ai vu la crevasse du manque. Je sais à quel point je me sens comblé.
Parfois c’est dur de m’aimer ? Certainement. Péruvia me fait la gueule radicalement depuis la fois ou je n’ai pas su me décider entre venir le voir et attendre celui que j’aime. Je ne l’ai pas rappelé. J’ai été en dessous de tout. A bout aussi. Un de mes meilleurs amis. Définitif ?
Parfois, c’est dur de m’aimer. De penser que je puisse tenir mes engagements, et d’être là pour vous, sans être las de moi. De vouloir faire plaisir à tout le monde et de ne satisfaire personne. Parfois, je revendique le droit d’être faible, et de disparaître, sans remettre en cause mon amour pour vous. Et je ne devrais même pas exiger cela comme un droit, parce que las de me subordonner aux autres, et de croire que je vaux moins que vous, mais de l’affirmer clairement comme un devoir.
Parce que moi je trouve qu’il est passionnant de vous aimer. La dureté de la chose est secondaire. On ne peut simplement pas aimer sans souffle. Sans son propre souffle. En soi. D’abord.
Il est dur de m’aimer. Moi-même. Seul. D’abord.
