09 juillet 2009
LE CONTRAT DU CORTEX
En ce moment, c'est la nuit qui fait mal. Quelque chose comme un souffle froid, court, trop lourd, coincé derrière le plexus solaire et qui produit comme un durcissement des pommettes à chaque soupir. Le cerveau travaille à la manière d'un cyclotron, fragmentant les images fortes, provocant le télescopage des sensations, détails, mots, odeurs, couleurs, sons. Dans cette théorie du chaos, je n'arrive pas à remettre les choses en place. J'essaie simplement d'éviter soigneusement les fausses pistes : prosopopée, désir de dénoncer, culpabilité. Aujourd'hui, je me suis senti fatigué. Les dossiers triés étaient sagement disposés sur la table du salon. Dans le dressing, une pile de chemises cartonnées qui n'ont pas encore livré leurs secrets, reposent à même le sol, juste à côté de son sac à main. Aujourd'hui je suis faible, parce que je me suis accordé à l'être, et j'en ressens les effets. Demain, je resserrerai la mâchoire et les poings. Les jambes montreront par moment quelques faiblesses. L'état d'urgence me donne la sensation de vivre une sorte d'apnée mentale. Pour le bon déroulement des démarches notariales, j'ai mis des muselières aux émotions, voir même j'en ai piqué certaines. C'est une course de fond qui m'attendra certainement, et je suis condamné à rester froid, impassible, méthodique, pragmatique, prudent. Quelque part, elle a toujours été une tombe pour moi, bien avant sa mort. Mes recherches concernant sa famille n'ont pour l'instant rien donné. Quand aux autres, ce n'est pas le moment d'y penser.
Souvent, je raillais cette phrase : "on ne peut pas faire notre deuil". Elle faisait partie de mon top five des phrases que les journalistes soufflent aux gens pour illustrer leur reportage. A chaque procès, à chaque catastrophe, plan serré sur la famille (vas-y coco, répète la phrase, parle bien dans le micro, regarde la caméra). "On n'peut pas faire not' deuil!", ex-æquo dans mon top five avec "ils nous prennent en otage!" pour les grèves.
D'ailleurs, c'est quoi, au fond, le deuil dont ils parlent? Souvent, je trouve ça louche, pas vraiment pétri de bonnes intentions, le deuil. Il faut le voir dans leurs yeux, ce désir de rétablir la peine de mort par exemple, dans le dernier temps de la dramaturgie d'un reportage illustrant la sortie d'un procès, il faut lire la déception dans leurs yeux lorsqu'ils s'approchent du micro et disent : "il a eu la peine maximale que la république peut infliger, c'est à dire la perpétuité". Ils ont l'expression d'un enfant à qui on aurait confisqué un jouet pour des raisons qu'il estime pour le moins complexes. Là, la caméra les saisit dans l'instant, et l'on peut lire la révélation qui les gifle. Ils pensaient qu'il y aurait un happy end. Quelque chose de cathartique. Un bouquet final et puis le retour à l'insouciance. Mais Roger range la perche, et le caméraman appelle la régie sur son portable. Off. Plus personne ne leur prête attention. Cela m'évoque la scène de "La Dolce Vità" de Fellini avec ce pauvre arbre dépouillé parce que deux gamins font croire à tout le monde que la Vierge s'est posée dessus. Je ne comprends pas trop ce concept étrange qu'ils appellent le deuil. Je ne comprends pas les postures, ainsi que la dialectique de la victime, affichées et clamée jusqu'à l'overdose. Et le monde de l'image, en nous plongeant dans la dictature des émotions, annihile toute forme de réflexion, rien qu'en se farcissant un dindon qui voulait "faire son deuil".
Je n'ai pas eu le temps de la voir à la morgue. Et c'est peut-être mieux ainsi. Je garde d'elle une image idyllique, une beauté inaltérable. Ma mémoire lui assure une éternité pharaonesque. Ce sont juste tous ces documents qui me tourmentent. Une fouille archéologique. Un puzzle obsédant. toutes ces choses qu'elle ne m'a jamais dites et que je découvre. Tous ces rushes. Je reconstitue patiemment le film de sa chute. Comme tout bon film d'horreur, ce qui fait le plus flipper est hors champs, éloigné de toute lumière. Ce sont les pièces manquantes qu'on suppose dans les trous du puzzle. C'est son portable qui reçoit des sms nébuleux. C'est le rapport de police qui ne concorde pas parfaitement avec les témoignages. Je pense avoir profilé l'ensemble de ses blessures sociales qui l'ont plongée dans l'impasse. Mais je ne peux me figurer le degré de peur et de douleur qu'elle a ressentit quand le feu s'en est pris à ses vêtements, puis à sa chair.
12 juin 2009
YOU KILL TIME
les semaines s'essoufflent avec une banalité désolante. Samedi, j'attends quoi? je ne sais pas... La fin, 21 heure, histoire de quitter le bar. Dimanche, pareil. Lundi, je ne sais jamais à qu'elle heure je finis. Mardi, s'il n'y avait pas ces quelques têtes, je baisserais la mienne. Mercredi, je me dis ouf! c'est le Week End. Et jeudi, vendredi, je suis crevé, courbaturé, vidé, et je ne fais rien. J'aimerais écrire ou faire de la musique, je n'ai plus de force. Je ne suis là pour personne. Cette fatigue, ces courbatures m'accaparent, parce que je me tais.
10 avril 2009
TOURNANT
Voilà. J'aurais dû poster, certainement. Vous Parler de Février, un mois qui traîne en longueur, tout en s'excusant d'être le plus court du lot. L'humilité étant la pire des vanité... J'aurai dû vous dire ce lot de gays qui se défenestrent durant ce mois bergmanienbergmanien. Il y des tours en feu en chacun de nous qui parfois s'écroulent sans qu'on ne finisse par y déclencher une guerre contre un ennemi insaisissable, zarma. Février, le mois du Père Lachaise (dois-je m'y faire? Non.), qui emporte cette fois-ci un ami de mon âge et de ma génération. Ce n'était pas sa première tentative, mais cette fois-ci, il avait tout planifié histoire d'être certain que personne ne le sauverait. Il a même eu le temps de dire au revoir à sa mère, au téléphone, sans qu'elle n'y prennne garde au double sens. Je suis peut-être l'un des derniers à l'avoir vu. Après son yoga, il passait, je lui offrais un café et un jus d'orange. On parlait, comme on aimait le faire. Sauf la dernière fois, il ne s'est pas arrêté. Je l'ai hélé, il s'est retourné, m'a lancé ce regard que je connais trop bien (mélange de "désolé", et de "je ne t'avais pas prévu"), puis a disparu dans l'accélération de son pas. C'est cela qu'on appelle "un Au Revoir".
Oui, Février. J'ai bien conscience qu'au fil du temps...
Je ne sais quoi dire de mars, ni d'avril après cela.
Si.
Je suis tombé dans la musique.
Mais cette fois-ci, de l'autre côté du miroir.
La musique me dévore à la manière d'un acide.
Reason m'a happé. Lolo savait que je plongerais. Et puis l'ordinateur s'est peuplé de logiciels en tout genre : multi-séquenceursmulti-séquenceurs, générateurs de boucles, etc.
Et après, j'ai acheté une interface audio, un micro studio.
Il n'y a pas à avoir peur...
C'est comme la photographie.
C'est comme ici, dans des cahiers ou ailleurs chez vous.
C'est juste de l'écriture.
C'est juste un feu qui vous brûle.
31 janvier 2009
MISE EN BOUCHE
Ma bouche se réveille aux douleurs des aphtes. La lèvre inférieure gonflée de liquide lymphatique et légèrement croûtée me dessine un petit rictus à la Elvis P. "Han-Han! Is she come!" Je regarde mon reflet et applique différentes crèmes. J'aimerais chanter. J'aimerais manger sans hurler dans ma tête. Lorsque je fume, je fais une moue à la Gabrielle Chanel photographiée par Avedon. Je repense à ces années d'orthodontie, avec des appareils fabriqués par mon père. La petite clef que l'on resserrait. Ce faux palet qui vous faisait chuinter. Une fois, l'instituteur nous avait enregistré à l'exercice de la lecture. Record, pause, lecture. La classe rigolait, le professeur me regardait avec ce petit sourire pincé des gens qui se retiennent que de l'extérieur seulement. J'entendais ma voix, ma lecture peinant à reprendre son souffle, à atténuer les sons parasites provoqués par cet obstacle de résine englué par ma propre salive. Pour la première fois de ma vie, je rougissais. J'étais déterminé à garder un aplomb irréprochable, mais même mon corps s"était mis à me trahir. Il restait bien la fenêtre, j'aurais pu tourner la tête et partir avec les premiers flocons de neiges légers. Partir loin et flotter léger avec eux, dans ma tête. Mais c"était impossible pour moi de leur donner une telle défaite. J'ai préféré les fusiller tous du regard, jusqu'à ce que la bande s'arrête.
21 décembre 2008
L'OEIL ROUGE
Et de penser que... Et Patati et Patatra! Certains devraient se remettre un peu en cause. A promulguer de "bons conseils" et jouer les apprentis sorciers. Comme si son bonheur ne NOUS importait pas. Une année de sagesse auprès de tes frères ne fait pas de toi un Jedi accompli, dis-moi ma soeur... Soit, l'erreur est humaine, et sur ce coup, l'absence d'humilité t'a joué le même coup qu'à nous tous. Mais pour le reste, il persiste de sales sensations en bouche. Ta façon de le "conseiller" en dit long sur ce que tu penses de nous. Je vois mieux comment tu peux considérer la densité d'une relation de treize années. J'étais loin de soupçonner ce peu d'estime de ta part pour une tête argentée. Et moi donc? Condamné à me taire d'entrée de jeu au motif de "Juge et Partie", ne penses-tu pas que, ne serait-ce que par mon travail, je pouvais apporter des conseils pertinents pour SON intérêt? Visiblement, tu ne l'as pas poussé à cela, mais en plus, tu m'as tenu à l'écart. Et ce vilain petit travers facebookien que tu n'as pas saisi, où le point de confusion entre l'avatar et l'être humain fait qu'on oublie parfois aussi de considérer la vie de l'autre plus sérieusement qu'une partie de Sims. Toi, ça t'as "éclaté"(sic). Moi, j'ai essuyé les pleurs de deux personnes que je ne veux voir en aucun cas souffrir. Il me reste juste cette curiosité : qu'aurais-tu fait à notre place? Imagine que ton Tiger n'en parle qu'à moi, et que je te tiennes à l'écart...
Rassure-toi, ma colère est comme toi : de passage.
19 novembre 2008
DISGRACE
Le désir n'habite pas la maison. Il s'enfonce dans un labeur comme un alcool lourd. Dans une forteresse dont je ne connais que les contours. Le désir n'habite pas la maison. Il scrute en permanence un réseau social. A coups de petites phrases sur un smart phone. Oh! Je connais ses rêves et ma foi tant mieux. Le désir ne fait pas vibrer le téléphone portable. Et des atomes moins crochus se révèlent étonnamment prévenants. Pas grand chose, mais à défaut des absences, la constance m'aide à ne pas perdre pied totalement.
J'ai cessé d'exprimer mon amour sous forme de crainte. Personne ne m'entend, zarma.
Se taire et accepter : quelque chose d'assez violent pour moi.
Je n'ai pas cessé de dire "Je t'aime" à ceux, comme si ma vie en dépendait.
J'ai compris que je dérangeais. C'est pas le moment.
Alors j'avale mes mots, Et je les tue, au plus profond de moi.
Il fait froid dans ce silence.
14 novembre 2008
DOMMAGE QUE TU SOIS MORT
"Aujourd'hui, il n'utilise Facebook que comme carnet d'adresses. Sa "Net working fatigue"-comme l'appelle les Anglo-Saxons- est un mélange de lassitude, de saturation et de déception : "Ces sites remplissent une fonction phatique de communication (pour maintenir le contact, sans véritable apport d'information- ndlr), mais ne communiquent rien et, après un certain temps, ne divertissent plus."
De Nombreux internautes préfèrent ainsi fermer leurs profils de réseaux sociaux, ou "suicider" leurs identités virtuelles. Ainsi,entre 2007 et 2008, 3,6 millions de personnes se seraient inscrites sur Facebook et environ 20 000 s'y seraient suicidées."
Anne Laffeter : Le Spleen du Net
Inrockuptibles N°676
C'était la phrase drôle balancée par Canelle hier soir en terrasse du Rouge, suite à mon annonce de destruction de mon profil sur Facebook. Déjà, le petit détail est qu'ils ne s'en sont pas rendus comptes alors que lui et Dragou sont souvent "connectés". Connecté ne veut donc pas dire empathique, sensible. Surveillable? Peut-être...
Or, dans la vie matérielle (oui, je ne peux plus dire la vie réelle après relecture de "La société du spectacle") je peux vous jurer que ces deux là le sont. Empathiques.
Donc, la phrase drôle, c'est celle de Canelle. L'exactitude des termes m'échappent un peu mais en gros cela donnait : "Le minimum, c'est de prévenir les proches par un mail."
Il y avait comme un petit côté Nadine de Rooterschild "Suicide virtuelle : Les bonnes manières.", comme une suite impensable au "Suicide, mode d'emploi" de Claude Guillon et Yves le Bonniec. Entre modernité et tradition, j'imagine un Freeter (フリーター) écrire sur son blog l'art du "Cyberppuku".
Ma grossière erreur donc : ne pas avoir rédigé (en sept langues minimum...) Le Mail de Guy Poké.
Si je me souviens bien, sur les quelques suicidés de la First Life que j'ai connu, tous n'ont pas laissé de messages. Je pourrais, après recul, penser qu'ils l'aient tous fait, parfois de leur vivant, mais que nous n'étions pas prêts, voir incapables de le Lire/Voir/Ecouter au moment M.
Mon annonce donc, je l'ai faite sur la terrasse du Rouge, dans ce que j'aurais aimé dire être la vie réelle. Sauf que ce n'est pas juste même si ce n'est pas faux. J'aurais voulu l'annoncer comme une renaissance, sauf que je suis Borgne Again.
Je suis barman au Rouge, et c'est déjà un réseau, un théâtre.
Je repense à la scène de Brazil, où Robert de Niro se fait attaquer par des feuilles (informations), se fait recouvrir complètement, se fait dévorer et disparaît.
13 novembre 2008
NO .......
J'ai effacé mon profil sur Facebook. Il ne me reste que toi. Le plus spartiate. Tu es bien moche (comme ton maître), bien petit, bien perdu (je m'en fou) dans cet "espace" si 'illimité". Tu es à la mesure de mon écriture, et si les pages ne sont pas bonnes, il n'en tiendra qu'à moi de m'améliorer. Tu n'affoles rien ni personne, tu ne seras jamais un recueil de hype, ni les Miscellanées de je ne sais quoi. No people. J'aime tes pubs débiles. No Logo? Ouais... Tu pues du web. Tu demandes un effort et c'est peut-être pour cela que tu es le plus honnête : tu ne pardonnes pas.
ERASE
Un jour sans alcool. Sans téléphone. Sans appel. Sans regret. Une nuit de rien. Un numéro que j'hésite à effacer du répertoire. Un repli sur soi qui se fait sentir. Une nuit comme tant d'autres : sans surprise. Une parole qui ne sortira plus : la mienne.
Je butte sur la volonté d'autrui, avec cette sensation de ne pas être légitime dans l'expression de mes tripes, de mon coeur.
J'ennuie, j'agace, je dérange.
Parano : on m'a dit.
Bien...
Erase
19 octobre 2008
LA TEIGNE
10 ans de séropositivité (Happybirthdaychampagneilestvraimentphénoménaaaal!). Sans traitement. 660 T4. 3300 copies. Rapport Cd4 Cd3 31,5%. La science veut m'observer d'un peu plus près (tournez-vous... Ouvrez la bouche...). Les autres : "tu as de bons gènes", "tu ne le dois qu'à toi", "c'est un peu grâce à nous aussi",...
J'ai juste flippé ma race avant les resultats. Avant, j'y allais comme pour péter un score sur un flippeur. Mais là, c'était 10 ans. Je ressemblais plus à une vieille gloire de la boxe qui remettait son titre mondial en jeu face à un jeune loup inconnu.
Si on m'avait fait le coup du "Mon tout premier traitement", je pense que j'aurais craqué. J'aurais certainement lâché, et pleuré.
Pleurer: ce truc super dur à faire.
Je suis toujours tendu.
Bien avant le virus.
Je fais de l'apnée.
Et je ne m'en rends même pas compte. Pour moi, c'est normal.