01 juillet 2011

PAS SEUL

Il n'y a jamais eu de mode d'emploi. J'envie les gens aisés, les familles soudées, et tous ceux que je connais qui ne mesurent pas leur chance, et l'insolence qui en découle. Hier, je pouvais avoir mon père sur Skype. C'était son anniversaire, il avait l'air heureux. Physiquement, je l'ai trouvé déclinant. Mentalement, je dirais bien, constant. Quelques jours avant, il m'avait téléphoné, me faisant part de son intention de rédiger officiellement son testament. Je sais qu'il me faudra descendre, prendre le temps, vérifier. A-t-il pris des engagements pour ses obsèques? C'est quoi ses volontés? Il a toujours éluder mes interrogations en changeant de sujet. Lors de son dernier accident, je souhaitais une aide à domicile pour lui : proposition balayée d'un "mais tous va bien!". Je dois faire la synthèse pas évidente entre sa lucidité, sa dépression, le respect de sa volonté, et parer aux emmerdes. Je deviens complice de son silence, pour son bonheur, et son libre arbitre. Je ne sais pas si je fais bien, peut-être que non. Ses amis veillent dans la mesure de leur possible, mais est-ce suffisant? Je me dis parfois aussi que ça ne coûterait rien d'envoyer ses bilans à d'autres spécialistes, parce que je ne vois rien de mieux arriver pour son bien-être corporel. J'aimerais, dans mes rêves les plus fous, l'enmener au Japon, lui qui n'a pas beaucoup voyagé, et trop travaillé dans sa vie. Lui faire prendre un onsen du côté d'Hakone, manger des raisins de la mer à Hokinawa, et le bercer avec toute la beauté inouïe des paysages. Un dernier voyage, pas seul, ça serait bien pourtant. 

Posté par nightcrawler à 02:38 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


Commentaires sur PAS SEUL

Nouveau commentaire