NightCrawler

03 août 2012

TROP TÔT

Et la nouvelle est tombée au creux de l'oreille, depuis le smartphone, la voix de Mimi, un vendredi 6 juillet en fin de matinée. "C'est moi qui l'ai retrouvé. Il était dans son lit." Je devinais dès ses premiers sanglots, mais je refusais de comprendre. Je voulais l'entendre dire le mot accident, parce que c'était trop tôt. Perdu. J'ai tout de suite repensé au dernier coup de téléphone. Lui et moi. Je l'ai entendu retenir ses larmes lorsque je lui parlais de venir tous les trois passer du temps avec lui. Comme si c'était trop tard, comme s'il le savait déjà. Je me souviens d'une phrase du genre "c'est bien ce que tu fais, comment tu mènes ta barque, tu fais très bien les choses". Et Mimi, effondrée, qui s'en voulait de quoi? Je lui répétais à quel point elle avait été là pour lui. J'ai raccroché. Je n'ai rien réalisé, juste pensé mathématiquement aux choses que j'allais devoir faire. Au nombre de fois où je lui disais de régler cela. Stupide, mais ça occupe l'esprit. Et puis la noirceur de la nouvelle commençais à s'emparer de moi lentement. Parce que c'était trop tôt pour moi. C'était pas dans mes plans. Alors je me suis énervé sur Reason, jusqu'à ce qu'une base de morceau sorte de je ne sais où, comme par hasard. Puis j'ai prévenu par texto mes collègues et responsables. Le soir même, j'ai travaillé, comme j'ai pu, donc dans un état second. Mes lèvres ont soulevé pendant huit heures inqualifiables, un sourire particulièrement lourd. J'ai ramassé quelques miettes de sommeil. Dans le lit, puis dans le train. 

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01 juillet 2011

PAS SEUL

Il n'y a jamais eu de mode d'emploi. J'envie les gens aisés, les familles soudées, et tous ceux que je connais qui ne mesurent pas leur chance, et l'insolence qui en découle. Hier, je pouvais avoir mon père sur Skype. C'était son anniversaire, il avait l'air heureux. Physiquement, je l'ai trouvé déclinant. Mentalement, je dirais bien, constant. Quelques jours avant, il m'avait téléphoné, me faisant part de son intention de rédiger officiellement son testament. Je sais qu'il me faudra descendre, prendre le temps, vérifier. A-t-il pris des engagements pour ses obsèques? C'est quoi ses volontés? Il a toujours éluder mes interrogations en changeant de sujet. Lors de son dernier accident, je souhaitais une aide à domicile pour lui : proposition balayée d'un "mais tous va bien!". Je dois faire la synthèse pas évidente entre sa lucidité, sa dépression, le respect de sa volonté, et parer aux emmerdes. Je deviens complice de son silence, pour son bonheur, et son libre arbitre. Je ne sais pas si je fais bien, peut-être que non. Ses amis veillent dans la mesure de leur possible, mais est-ce suffisant? Je me dis parfois aussi que ça ne coûterait rien d'envoyer ses bilans à d'autres spécialistes, parce que je ne vois rien de mieux arriver pour son bien-être corporel. J'aimerais, dans mes rêves les plus fous, l'enmener au Japon, lui qui n'a pas beaucoup voyagé, et trop travaillé dans sa vie. Lui faire prendre un onsen du côté d'Hakone, manger des raisins de la mer à Hokinawa, et le bercer avec toute la beauté inouïe des paysages. Un dernier voyage, pas seul, ça serait bien pourtant. 

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12 avril 2011

AUTO-CENSURE

Là, par exemple, j'aimerais tellement parler de mon travail, rentrer dans les moindres détails, soulever certains faits. Mais le blog ne le permet pas. Fort d'une vieille expérience de trollage, je m'auto-censure, ici. Quel dommage, ce serait tellement drôle. Je me méfie des amis d'autrefois, des militants aux idées courtes (quelle générosité d'ailleurs de supposer qu'ils en aient!), et des autres qui, ne me connaissant ni d'Adam ni d'Eve, n'ont aucun scrupule à nier l'humain derrière ces mots.

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